Paradigme de la jouissance 2 : Victimes du langage par Caroline Doucet
Les trois héros de la semaine :
Trump pour sa juste cible, Poutou pour sa langue de chair, l’Opéra de Lyon pour
son miraculeux et immortel « Tristan ». Les restes, je m’en fous…
Cependant, je remarque, avec
un plaisir non dissimulé, que le voyou et exécrable Fillon est rattrapé par le
bougon Mélenchon. Mélenchon, je m’en fous. Mais la décapitation de Fillon – au sens
figuré comme au sens propre – est – pour moi - une jouissance – au sens propre
comme au sens figuré - rarement atteinte…
La légende le dit :
Isolde rencontra Tristan. La légende ne le dit pas : ils ne s’aimèrent
pas, ne se marièrent pas et n’eurent pas d’enfants du tout. Et au génie –
impitoyablement démesuré - de Richard Wagner, se superposèrent la terrifiante
beauté de la mise en scène qu’Heiner Müller – décédé en 1995 – avait réalisé en
1993 pour Bayreuth et la cohésion magique et magnifique qu’Hartmut Haenchen réussit
à imposer entre les artistes, le chœur et l’orchestre de l’Opéra de Lyon qui
une fois encore a misé sur l’originalité, la remise en questions et la qualité
exceptionnelle et quasi permanente de toutes ses productions.
Ce n’est que l’erreur d’un
filtre, celui de l’amour en place de celui de la mort, ce qui est identique,
qui installera l’illusion d’un lien passionnel entre Isolde et Tristan et c’est
ce lien qui les anéantira en anéantissant le monde. Et Müller nous le dit avec
force en plongeant ses personnages minuscules engloutis dans la vague
tumultueuse d’un destin inexorable – évacuant l’illusoire libre-arbitre inventé
par la fiction – symbolisé par un gigantesque cube engloutissant aussi le
public et l’attirant hypnotiquement dans le cimetière de la désolation. Tristan
ne rencontrera jamais Isolde. Isolde ne rencontrera jamais Tristan. Ils ne
sauront jamais s’ils se sont aimés. La mort en série interrompra toutes
tentativesd’humanisation, mot
illusoire, comme est l’homme et sa vie.
Et Haenchen, de sa baguette
magique – comme Tristan est entré au cimetière – va poursuivre durant plus de
quatre heures un discours cohérent où pas un seul atermoiement, pas un seul
effet discordant, martelant et heurté, ne vont perturber le cours de ce long
fleuve tranquille d’épouvante et de magie d’émerveillement jusqu’à l’accord
final où Isolde dans son délire, nous laisse dans l’abandon le plus démuni. A
Richard Wagner le mot de la fin : pourquoi tous ces mensonges qui sont
devenus le moteur de la vie ?