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vendredi 24 février 2017

en vrac @ l’opéra de marseille censure ma critique sur son ignoble « boris »




La page Facebook de l’Opéra de Marseille vient de supprimer pour la troisième fois ma « critique » - mon idée toute personnelle – sur l’hideux et préjudiciable spectacle « Boris Godounov » auquel j’ai assisté mardi soir. La moindre des politesses aurait été de me répondre, même sur le ton violent, juste et méprisant que j’ai employé… Don acte ! Je bloque cette page !


vu à travers le tube @ marseille saccage boris…


Lorsque j’ai vu que l’Opéra municipal de Marseille (Bouches-du Rhône) programmait la première version originale de « Boris Godounov », l’opéra pur chef-d’œuvre de Modest Moussorgski, version en 7 tableaux enchainés, je me suis dit que je ne pouvais pas rater cette occasion magnifique de revoir et réécouter cette œuvre superbe et bouleversante que j’ai jouée il y a pas loin de soixante ans à l’Opéra de Lyon avec l’immense et unique Boris Christoff dans le rôle titre et sous la direction improvisée (Bruno Bogo, chef de l’Opéra de Venise, était souffrant) du chef titulaire de la maison, l’admirable Edmond Carrière, marseillais et décédé dans cette ville quelques années plus tard alors qu’il était sur son vélo qui est entré en collision avec une voiture. J’ai je ne sais combien de versions enregistrées de ce monument et j’en connais tous les rouages de la partition.  « Boris » est considéré comme l’un des six opéras qui ont révolutionné l’histoire de l’art lyrique, les autres étant « Orfeo » de Monteverdi, « Don Giovanni » de Mozart, « Tristan et Isolde » de Wagner, « Pelléas et Mélisande » de Debussy et « Wozzeck » de Berg. C’est dire que s’il ne faut pas rater l’occasion de le découvrir ou de le revoir, il ne faut surtout pas en rater l’interprétation.

Je m’étais rendu une seule fois à l’Opéra de Marseille – il y a une vingtaine d’années ou plus – pour une « Vie parisienne » bien routinière et sans intérêt. Mais, les éloges permanents sur le site Facebook de l’opéra et les critiques des scribouillards parisiens que j’ai pu lire m’avait donné confiance et c’est le cœur léger que ma compagne et moi avons fait notre entrée dans le théâtre au murs de marbre – c’est vraiment très laid – et au fauteuils rouges où l’on ne peut – aux places les plus chères – s’asseoir que sur une fesse, la largeur n’en permettant pas deux et placer ses jambes hors du champ loué pour l’occasion – ma compagne ses jambes sur les miennes, moi sur celles de ma voisine de gauche, une vieille dame trop occupée à papoter avec son amie pour s’apercevoir que son sang ne circulait plus dans ses jambes et que les miennes étaient dans une position outrageuse.

Noir. Chef (un grand paraît-il). Applaudissement… Basson solo… C’est parti… Le rideau se lève sur le champ… Et c’est là que mon ventre fut pris d’une angoisse terrible. La laideur des décors, la monstruosité des couleurs, le dégoulinement de mauvais goût des costumes, la brutalité des hurlements du chœur, le va et vient incessants , entrées et sorties des coulisses à un rythme d’enfer, la gesticulation psychotique des personnages et le claquement hallucinant des chaussures ferrées sur le planché vermoulu de la scène – au point que la musique était relégué au second plan – ne pouvaient qu’inciter à se boucher les oreilles et à fermer les yeux.  Avec un orchestre totalement déséquilibré, sans sonorité, sans ligne directrice sous la baguette d’un vulgaire batteur de mesures, le premier tableau fut une horreur absolue. Noir pendant cinq longues minutes alors que l’on aurait dû enchainer. Premier regard avec ma compagne. Sourire et acquiescement. Pas besoin de parler… Deuxième tableau. Celui de l’intimité – dans la cellule d’un couvent - entre Pimène et Grigori qui ont tenté de chanter au milieu d’une foule de démons ( ?) en baladant un cercueil-jouet et où tout le monde courait dans tous les sens, entrait et sortait de scène avec toujours leurs chaussures ferrées, ce qui donnait lieu à une rigolade exacerbée… la plus triste de ma vie. Second regard avec ma compagne. Sourire. Sans nous parler, nous nous sommes levés – dur sans sang dans les jambes – et avons obligé toute la rangée à nous laisser passer. Nous sommes sortis de la salle maudite et avons enfin respiré dans le couloir qui mène à la sortie. Et c’est sans surprise – alors que nous aurions dû être suivi par la totalité de la salle – que nous avons constaté que la porte s’est refermée dernières nous et que les moutons courbés qui vivent dans la contrainte et l’ignorance, sont restés bien sagement assis et soumis pour ne pas troubler l’ordre public.

Nous avons, ma compagne et moi, assistés à un crime. Qui va arrêter les criminels récidivistes qui ont torturé à mort un des plus grands chefs-d’œuvre de l’art lyrique ? Personne, puisque « Boris » et tous les autres n’intéressent personne et que l’homme n’est qu‘un pitoyable animal incapable de discernement.

La leçon est tirée. Marseille ne me reverra jamais. Elle s’en moque me direz-vous ! Bof ! Si elle ne me reverra pas, c’est parce que aussi, il y eut l’avant et l’après opéra. Et ça, c’est pour la prochaine fois…